Frédéric CAVAZZA

Les forums, nouveaux piliers des médias sociaux ?

Oui je sais ce que vous allez me dire : “Les forums ? Ce vieux truc du siècle dernier ?“. Effectivement, les forums ne sont pas tout jeunes, mais ils sont et resteront un outil communautaire très puissant.

J’ai par exemple récemment rencontré les responsables de Caradisiac et du Forum Auto qui ont une vision très intéressante des forums. Il faut dire que le ForumAuto draine une audience conséquente et un trafic à faire pâlir certains réseaux sociaux dont je ne citerais pas le nom : presque 513.000 membres pour plus de 28 millions de messages publiés (près de 22.000 messages par jour !).

Les forums sont ainsi organisés en des structures sociales très hiérarchiques (les administrateurs, les modérateurs, les réguliers, les nouveaux…) et répondent à des pratiques sociales bien particulières (ne vous avisez pas de publier une question au mauvais endroit).

Pour les annonceurs les forums sont aussi des territoires privilégiés pour détecter une tendance, prendre le pouls de la communauté, identifier des besoins… Même si aujourd’hui peu de marques se risquent à investir ces communautés avec des représentants officiels, le potentiel est là.

J’ai profité de mon entretien avec Jean-Yves pour faire une rapide interview (c’est ma première interview alors on ne se moque pas !) :

Vous l’aurez compris : même s’ils ne sont pas aussi hype que Facebook (Facebook est-il encore hype ?), les forums sont des micro-médias sociaux très puissants qui occupent le haut du panier en terme d’audience. Il serait donc très dommageable de ne pas s’y intéresser et de ne pas s’en servir comme d’un levier communautaire et social (qui a dit commercial ?).

Je ne sais pas pour vous, mais en parcourant les différents sujets de ce forum, comme une pointe de nostalgie de l’époque Jacky Touch. Reviens Jacky, on t’aime !

/!\ Article innitialement publié sur FredCavazza.net.

Frédéric CAVAZZA

Socialstream, vers une hyperprésence des blogueurs ?

Avec la multiplication des services de publication / partage et la montée en puissance des outils de micro-publication (cf. Twitter au cœur de la révolution des médias sociaux ?), nous voyons apparaitre une nouvelle forme de services d’agrégation de l’activité sociale comme FriendFeed, Socialthing!, Lifestrea.ms… (cf. 35 Ways to Stream Your Life).

Ces services vous permettent ainsi d’agréger l’ensemble de vos publications (billets, photos, liens, tweets…) au sein d’un flux unique pour centraliser votre activité / présence numérique sur les médias sociaux (exemple ici : FriendFeed.com/FredCavazza). Ces services sont particulièrement intéressants pour archiver votre production journalière et garder une trace de votre empreinte numérique.

Comment expliquer le succès des lifestreams ?

Le principal bénéfice de ces services est de pouvoir fédérer les différentes poches d’audience éparpillées sur différents micro-médias au sein d’une communauté unifiée. En témoignent les nombreux commentaires laissés sur le lifestream de Robert Scoble qui est en train de délaisser son blog pour une production plus fractionnée (cf. Social Network Sites Are Changing The Blogosphere).

Au delà de l’aspect pratique de ces services (qui contrent la production en un lieu unique en y ajoutant une couche “sociale” : les commentaires), il s’en dégage une forte impression de proximité, plus encore qu’avec les blogs. Cette proximité est directement liée à une exposition répétée.

Pour expliquer ce phénomène, prenons l’analogie suivante : je me sens proche des parents que je croise tout les matins à l’école en amenant mes enfants (ils font partie de ma vie mais je les connais à peine). Et c’est là tout le paradoxe de ces services : apporter de la proximité, véhiculer de l’émotion et des idées au travers de micro-morceaux du son quotidien.

Pourquoi les lecteurs y trouvent-ils leur compte ? Difficile à analyser pour le moment. Mais il en va de même pour les services de lifecasts (cf. Lifecast = Podcast 2.0 (et plus si affinité)) qui intriguent mais dont on ne sait pas trop ce que cela va donner.

Comment rentabiliser un lifetream ?

Comme cela est de mise à chaque fois, je me pose la question de savoir s’il est possible de monétiser l’audience d’un lifestream. Car dans la mesure où les lifestreams sont le maillon final d’une longue chaîne de publication, ils sont le centre de nombreuses attentions.

Comme toujours, il existe plusieurs scénarios :

  • La publicité contextuelle, mais c’est compliqué car comment extraire du sens à une série de micro-contenus ?
  • L’affiliation, avec un principe d’inclusion de produits ou de recommandations de produits (cf. Twitter + Social Shopping = Shopalize) ;
  • L’insertion de bannières, toutes les 5 ou 10 publications.

Comme vous pouvez le constater, les options ne sont pas nombreuses et l’on vient à se demander si les lifestreams ne sont pas en quelque sorte des “extras” que l’on met à disposition d’utilisateurs d’autres services (comme le font Jaiku, Plaxo Pulse ou encore l’extension Action Streams pour WordPress et Movable Type).

Comment m’y retrouver avec tous ces nouveaux outils ?

C’est facile, il vous suffit d’utiliser ce schéma :

Social_Presence_Tools.jpg

Vous pouvez constater sur ce schéma que Google et Yahoo! sont déjà positionnés sur le créneau des outils de “présence sociale” :

  • Google avec Jaiku (en gestation pour le moment) et au travers d’une participation dans un projet universitaire nommé SocialStream (hé oui !)
  • Yahoo! avec son tout nouveau Live et avec MyblogLog qu’ils ont su faire évoluer dans le bon sens.

Conclusion

Allons-nous nous diriger vers un phénomène de saturation de tous ces services (les américains appels ça le social media fatigue) ? Peut-être… ou pas ! Car après tout ces services ne sont-ils pas une solution à cette hyperprésence des blogueurs ? A suivre…

/!\ Article innitialement publié sur FredCavazza.net.

Frédéric CAVAZZA

Lifecast = Podcast 2.0 (et plus si affinité)

Connaissez-vous les lifecasts ? Mais si enfin, ces Web TV où il n’y a qu’un seul protagoniste : l’auteur qui se filme quasiment 24H/24H. C’est Justin Kan qui a été précurseur sur ce segment avec son site Justin.tv (dont j’avais déjà parlé dans un précédent billet sur la notion de sous-veillance).

Le site Justin.tv est maintenant devenu un portail sur lequel cohabitent plusieurs programmes. Mais il existe aussi d’autres services vous permettant de lancer votre propre lifecast : UStram.tv, BlogTV.com ou encore le récent Yahoo! Live.

YahooLive.jpg

Une évolution extrême du podcast

Nous pouvons considérer ces services de lifecast comme une évolution extrême des podcasts. L’objectif ultime du lifecasteur étant de filmer un maximum de son quotidien, idéalement la totalité (ça ne vous rappelle rien ?).

A priori il n’y a pas trop d’intérêt à se filmer en quasi-continu, sauf si vous avez la possibilité de fouiller dans les archives et de faire des rétrospective des meilleurs moments (des best-of). Et c’est là où ça coince : ces services ne sont visiblement pas encore structurés pour offrir une proposition de valeur suffisante. Comprenez par là qu’il manque à mon sens 3 outils essentiels :

  • Un moteur de recherche vidéo pertinent (l’équivalent d’un Blinkx ou d’un Google Video Search) ;
  • Un outil d’édition et de montage (l’équivalent de JumpCut ou de YouTube Remixer) ;
  • Un mécanisme d’exportation et de publication (un mini-lecteur à encapsuler dans les blogs, pages persos, réseaux sociaux…).

En intégrant ces outils, les services de lifecasting pourraient apportés une réelle valeur ajoutée. Exemple : un passionné de voyage qui ferait des résumés de ces étapes ou de ces rencontres. Le plus gros potentiel de ces services réside ainsi dans la sélection et la compilation d’instants de vie, c’est en quelque sorte la longue traîne de la téléréalité.

Quid du modèle économique ?

Ces services sont encore balbutiants mais l’on se pose déjà la question de savoir comment les rentabiliser, ou du moins de savoir comment les auteurs pourraient monétiser leur audience. Il existe plusieurs options :

  • La publicité contextualisée. Visiblement Google est en train de finaliser un algorithme qui permet d’extraire le sens d’une vidéo et de proposer une publicité ayant un rapport. Toute la difficulté pour ce type de service serait de parvenir à faire ça en temps réel et à synchroniser la pub avec le lifecast à un rythme régulier (toute les 5 minutes par exemple).
  • Les publicités incrustées. Dans la mesure où les sociétés de production arrivent à incruster des bannières dans des matchs de foot ou des produits dans certaines séries TV, pourquoi ne pas le faire dans un lifecast ? Idéalement le lifecasteur pourrait porter un t-shirt avec un carré vert où la publicité viendrait s’incruster. Il y a également la possibilité de faire des bannières en sur-impression (plus simple).
  • Le placement de produits. Ceci peut s’apparenter à du sponsoring mais avouez que ça serait quand même plus simple de mettre de la pub sur le t-shirt du lifecasteur (le transformant ainsi en homme -sandwich) plutôt que de s’embarquer dans des systèmes complexes d’incrustation de produits à la volée.
  • Les productions sur commande. Puisqu’il existe des billets sponsorisés, pourquoi pas des séquences sponsorisées ? Nous parlons ici d’un petit jingle de temps en temps comme on peut en entendre à la radio. Où alors ça peut être une opération plus ambitieuse lors de manifestations. Exemple la couverture du spring break par iJustine pour le compte d’ American Eagle (cf. Du bonne usage de la vidéo pour faire de l’événementiel marchand).

Et Seesmic dans tout ça ?

Même si la nouvelle start-up de Loïc Lemeur peut vous sembler très proche de ce concept, il n’en est rien. Seesmic s’apparente plutôt à une solution de micro-blogging vidéo (quelques courtes séquences dans la journée) qui est plus adaptée à de la conversation collective en mode vidéo. La différence est subtile mais il ne me semble pas du tout pertinent de comparer Seesmic à Yahoo! Live. Deux services au positionnement et à la finalité complètement différente. Peut-être serait-il plus juste de comparer Seesmic à un forum en mode vidéo.

Conclusion : gros potentiel, mais grosses dérives potentielles

Force est de constater que le lifecast est encore une pratique extrême réservée à une minorité d’individus : entre le coût d’acquisition du matériel et le tournage des séquences, c’est un métier à plein temps !

Il y a de plus une forte dérive potentielle à prévoir, notamment quand à l’utilisation des lifecasts comme du contenus pornographiques payants (des sortes de peep-shows ouverts 24H/24H). Qui se souviens ainsi de JennyCam, une expérimentation très en avance sur son temps ?

Tout ça me laisse à penser que la clé du succès de ces services réside dans leur capacité à fournir des outils simples pour les utilisateurs, sinon ces derniers se contenteront de “picorer” ces services. Peut-être les terminaux mobiles sont-ils une solution aux problématiques logistiques : intégrer une application aux téléphones mobiles qui serviraient à capturer et à diffuser les séquences. Il existe déjà des services proposant cela ( Flixavagon, QIK… voir à ce sujet le billet d’ Eric) mais sans parvenir à apporter la même expérience utilisateur que les services leaders cités en début d’article.

Moralité : la compétition reste ouverte et chacun à ses chances…

/!\ Article innitialement publié sur FredCavazza.net.