Johann OUAKI

Facebook un monde sans complexe

Un des éléments les plus frappants lorsqu’on visite les fiches de nos “amis” sur Facebook c’est de voir à quel point certains (beaucoup) mettent à la vue de tout le monde des détails de leur vie privée. Sur la fiche d’un ami, on a souvent accès à ses photos, à la liste de ses amis, au descriptif de son parcours scolaire et professionnel, aux groupes auxquels il a adhéré, à ses envies, ses goûts musicaux… Bref, tout un tas de renseignements personnels qui nous fournissent non seulement des informations sur l’identité civile de notre ami mais aussi sur ses goûts, sur ses envies, et en lisant les messages postés sur son mur on a même accès à des bribes de conversations avec ses autres amis.

Pour quelle raison nous amusons-nous à étaler à ce point plusieurs facettes de notre personnalité à la vue de tous ?

Avez-vous déjà eu l’occasion de vous voir en vidéo ? Pour la plupart d’entre nous, la première fois où l’on se regarde en vidéo, la même remarque nous vient à l’esprit: “c’est dingue, je ne me reconnais pas !“. C’est assez étrange mais on a du mal à reconnaître sa voix, son intonation, sa gestuelle, son allure générale…

L’interprétation à faire de cette observation est assez simple : l’image qu’on se fait de soi n’est pas l’image qu’on reflète réellement. Et pourtant, ce ne se sont pas les efforts qui manquent. On choisit des vêtements qui nous ressemblent, un vocabulaire et une intonation adéquats à la situation et qu’on pense cohérent avec notre personnalité… Mais rien à faire, il y a une différence entre celui qu’on pense être et celui qu’on voit à l’écran.

La psychologie nous explique qu’il existe en fait trois personnes en chacun de nous :

  • Celui qu’on pense être
  • Celui qu’on aimerait être
  • Celui qu’on est réellement

J’en rajouterai une quatrième, en quelque sorte un mélange de celui qu’on aimerait être et celui qu’on est réellement : celui que les autres perçoivent.

Une autre expérience permettant d’observer ces différences entre l’image qu’on pense laisser apparaître et l’image que les autres ont de nous est de demander à notre entourage l’image qu’il a de nous. Il y aura autant de réponses que de répondants, et presqu’aucune ne sera celle que nous aurions donné instinctivement.

Tout ça pour dire quoi ? Tout simplement que l’identité virtuelle qu’on se créé par l’intermédiaire de ces fiches, représente un intérêt dans la mesure où elle nous permet de contrôler l’image de nous-mêmes que nous véhiculons.

On affiche nos photos, mais on prendra la peine de sélectionner les bonnes. On affiche les résultats des tests qu’on effectue, seulement si les résultats sont avantageux. On affiche nos goûts musicaux et cinématographiques, mais on prendra la peine d’éliminer ceux qui ne correspondent pas à l’image que l’on souhaite donner.

Peut-on aller jusqu’à dire que Facebook nous donne la possibilité d’exister (virtuellement) sans nos défauts ni nos complexes et donc de contrôler l’image de nous que nous donnons aux autres ?

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7 commentaires pour “Facebook un monde sans complexe”

  1. le 17 juin 2008 à 15:50
    Yann Lebout a dit :

    Réflexion très intéressante… Je crois, néanmoins, qu’on ne contrôle pas mieux l’image que l’on renvoie sur Facebook (ou n’importe quel réseau social, ou même l’ensemble de ces réseaux sociaux) que dans la vie réelle. Je crois qu’il y a la même déformation quand on choisit les informations que l’on publie, les photos qui sont visibles que quand on choisit ces vêtements : cela correspond à l’image qu’on a de soit et à l’image qu’on veut donner, mais ce n’est pas nécessairement l’image que les autres vont percevoir…

    Je suis néanmoins de la tendance à l’ouverture dans les réseaux sociaux, tout en sachant bien que ces données passent alors du domaine du privé à l’espace public, avec tout ce que cela implique quand à leur utilisation et dans l’évolution de l’image que nos proches et moins proches ont de nous…

  2. le 17 juin 2008 à 17:49
    tooptoop a dit :

    Intéressant mais Ervin Goffman a déjà tout dit ;) Certes sans penser à facebook…

  3. le 17 juin 2008 à 18:08
    Jordan Chénard a dit :

    Je suis un peu de l’avis de Yann là-dessus. Il y a toujours une intention mais notre filtre personnel voîle le résultat réel de notre projection.

    Sans être pour le moment une problématique véritable, c’est une variable que l’être humain découvre de façon plus intense qu’avant.

    Nous filtrons les informations pour être à notre mieux ce qui “corrompt” notre vrai personalité sans nécessairement paraître mieux mais la possibilité de decévoir les gens durant des rencontres (personnelle ou professionnelle) sont décuplé.

    Être soi-même sur tous les médias reste en encore aujourd’hui un gage de contrôle de notre image public le plus fiable. Que l’on soi cool ou quétaine, c’est en étant nous-même que nous rassemblerons de véritable semblables.

  4. le 18 juin 2008 à 11:39
    Laurent A a dit :

    Réflexion très intéressante mais en lisant le titre du billet j’ai pensé à une autre idée (intéressante aussi) :
    L’avénement des médias sociaux marque une nouvelle ère dans notre société, un monde sans complexe où nous nous exposons tel que nous sommes (ou tel que nous voulons être), un peu comme la révolution sexuelle de 68. Nous arrivons dans une société ouverte où l’on ne sa cache plus pour pleurer, au contraire on se filme et on le montre à tout le monde.

  5. le 19 juin 2008 à 18:27
    François a dit :

    Diablement intéressant !
    Je remplacerai les 4 “celui qu’on…” par “ceux que je suis…”
    De mon point de vue Facebook nous indique “Je ne suis plus un seul, je suis plusieurs” = nous ne sommes plus individu, indivisible, mais bel et bien et de plus en plus des “dividus” (emprunté à Deleuze via Jan Söderqvist et Alexander Bard auteurs de l’excellent “Les Netocrates”). Finalement, à quoi bon tenter de maitriser nos complexes et nos images, dans une société où tout nous pousse à cultiver plusieurs personnalités ?

    Billet riche et plein d’ouverture quoiqu’il en soit…

  6. le 19 juin 2008 à 20:30
    [Enikao] a dit :

    L’identité est une stratégie, pas une donnée. Ce que l’on remplit est effectivement ce que l’on veut montrer, c’est donc potentiellement un mensonge.

    Facebook permet d’afficher en un lieu unique les facettes que l’on veut montrer, et cette image projetée est certainement réinterprétée par les autres. Cet exhibitionnisme choisi est assez typique de la jeune génération, qui vénère la transparence, l’identité , la personnalisation et l’idéalisation du moi (oui, je sais, c’est balaise comme affirmation, la suite de ma théorie sur mon billet).

  7. le 22 juin 2008 à 14:11
    ropib a dit :

    Il y a plusieurs psychologies. Je pense que Facebook n’aborde pas la question de l’essence, ni de l’identité mais celle de la face. Dans la vie “réelle” on choisit aussi ce qu’on donne à l’autre, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de différence entre ce qu’on donne, notre interprétation de ce que l’on donne et l’interprétation des autres. Il est intéressant notamment d’observer des différences dans son ressenti lorsqu’on se voit en vidéo en interaction avec autrui et lorsqu’on est en interaction directe avec la caméra (un cas o`u on se reconnait), et le spectateur potentiel. Il est important sur le web de donner des outils de construction d’une face qui ne soit pas forcément publique (l’image), car l’utilisateur devra travailler à contredire son image pour reconstruire une face locale à la relation. Quant à l’identité (loin de l’identification) il s’agit d’un processus qui, en effet, aboutit à l’existence. Pour l’instant le web n’est pas un espace social complet et notre existence externe est nécessaire. L’identité (qui n’est pas la représentation de soi, une face interne, ni un ego, encore moins l’auto-identification qui est un trouble de l’identité) mais une dynamique de projection n’y est pas encore présente, ou en tous cas je ne la reconnais pas.

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