Cédric DENIAUD

Où sont les producteurs d’information sur les médias sociaux ?

Les médias sociaux, et l’arrivée de service de microblogging (Twitter) ou de lifestream (ou activity stream comme FriendFeed) ont donné la possibilité à tout internaute qui utilise ce type de service d’avoir la capacité de “créer facilement un message” et de le diffuser auprès de ses “friends”, “followers”, “fans”. Sur le papier, cela paraît beau : chacun a la possibilité de produire l’information et de la diffuser facilement et rapidement auprès de son réseau ou de sa communauté.

Malheureusement la pratique et l’expérience prouve qu’en fait, il en est tout autre :

1/ Le mythe de la participation sur Twitter

Fred vous en parlait dernièrement dans Enfin des données statistiques sur Twitter : les chiffres de participation sur Twitter sont bien en deçà et sur ce service, comme sur d’autres outils participatifs, on constate que l’échelle de participation en fonction des actions réalisées (read, read and react, read and create) existe également. En effet :

  • 21% des utilisateurs n’ont jamais rien publié ;
  • 94% des utilisateurs ont moins de 100 followers ;
  • 5% des utilisateurs génèrent 75% de l’activité (10% en genère 86%).

Les médias ont beau parlé de plus en plus du phénomène Twitter, il faut bien constater que Twitter reste un outil de niche aujourd’hui en France et je doute que cet outil (mais pas l’usage) devienne un jour grand public (Les 5 raisons pour lesquelles Twitter ne deviendra jamais grand public). Donc face à l’engouement médiatique, les chiffres sont là pour rappeler la réalité (Attention aux chiffres et à l’engouement médiatique… l’exemple Twitter).

2/ Les internautes = relais d’information

Je le constate tous les jours, et malheureusement de plus : que ce soit sur les blogs ou via Twitter, les internautes relaient principalement une information existante plutôt qu’il ne produise de l’information… et cela est clairement dérangeant, notamment pour des personnes se déclarant “expert” de tel ou tel domaine. Ce phénomène n’est pas nouveau car j’écrivais sur le sujet il y a déjà quelques années : Blogueurs, où est votre contenu ? et Influence vs Popularité ?. On dit toujours que l’on est expert au regard des connaissances plus grandes que l’on possède par rapport à une autre personne sur un sujet. C’est en partie vraie, sauf que sur Internet, où l’information est à portée de clic, chacun peut devenir expert de n’importe quel sujet, à condition d’y passer un minimum de temps. Pour autant l’expertise ne se base pas que sur la connaissance, mais sur l’expérience… Je prends un exemple que je connais: celui des internautes s’auto-déclarant expert des médias sociaux. Malheureusement, dans de trop nombreux cas, ces internautes ne sont que de simples relais ou synthétiseurs d’une information existante, sans y apporter l’analyse nécessaire à valoriser une quelconque expertise, et surtout dans bien des cas, ce sont seulement des utilisateurs de Twitter et Facebook mais qui n’ont jamais été plus loin que leur simple usage personnel de ces deux outils… Dommage !

Si je rapproche, cette digression que je viens de faire par rapport au thème de cet article, les médias sociaux, aujourd’hui font la part belle au relais d’information plus qu’à la création de l’information ou son analyse. Est-ce que cela est dû à l’arrivée du real time web qui fait que les internautes veulent consommer une information chaude en n’ayant que le gros titre ? La question était posée dernièrement dans un article de Stratégies dans Internet rend-il stupide ?.

Avec l’arrivée de Twitter, beaucoup pensent que les blogs perdent de leur aura. Oui sûrement, puisque les blogueurs qui, via leurs blogs, n’étaient que de simples relais d’information ont plus intérêt à le faire via Twitter ou d’autres outils, et ce pour des raisons évidentes de gain de temps (il est plus simple et rapide de “tweeter” un message de 140 caractères que de prendre sa plume et d’écrire un article de quelques paragraphes).

Toutefois, cela n’est pas un mal puisque, je pense, que les blogs de qualité, d’analyse et valorisant une véritable expertise, se retrouve de fait mis en valeur. Je pense, en France, par exemple à nos acolytes de ReadWriteWeb qui font un véritable effort de création de contenus, mais aussi aux autres auteurs de ce blog, Bruno et Fred dont leurs analyses sont souvent justes et complètes.

Je parlais dernièrement dans L’hyper réactivité des médias sociaux : Michael Jackson et Roger Federer de la rapidité de propagation (mais aussi de déformation) d’une information sur Internet. Je laisse le mot de la fin à Fabien qui dans un commentaire sur cet article précisait : “Si comme tu l’indiques Internet permet cette réactivité, elle produit également des réactions démesurées relatives à l’émotion et non à la réflexion. Cela engendre donc une double mutation, non seulement un passage vers un web en temps réel mais un réseau plus émotif que rationnel. Il faudra donc juguler ce phénomène et poursuivre les articles de fond sur les blogs et autres sites de rédactions pour ne pas perdre en qualité au profit du scoop et de l’instantanéité.”

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21 commentaires pour “Où sont les producteurs d’information sur les médias sociaux ?”

  1. le 8 juillet 2009 à 12:15
    Medias sociaux a dit :

    Voila un article qui fera le grand plaisir des journalistes : les UGC n’existent pas vraiment au sens où les sources d’informations n’ont finalement pas changé. On criait sur les toits que l’utilisateur avait pris le pouvoir, et finalement il n’en est pas grand-chose…

  2. le 8 juillet 2009 à 13:08
    greg a dit :

    C’est marrant parce que dans le fond je suis complètement d’accord avec toi mais tu l’exprimes de manière négative et ca me gène un peu.
    Si tu regardes la segmentation Forrester, il est très clair (en fonction des pays cela dit) que les internautes sont moins producteurs de contenus qu’écho ou lecteurs.
    Personne n’a jamais vraiment dit l’inverse si ce n’est qu’aujourd’hui potentiellement les internautes ont effectivement la capacité de répondre aux marques, chose inédite qui modifie largement la relation à ces dernières.
    Je suis d’accord également pour dire que Twitter va tuer des blogs sans intérêt mais finalement ce relai d’information reste primordial pour les marques parce qu’il est souvent déformé ou accompagné d’un avis par la personne qui l’envoie.
    Tu ne crois pas ?

  3. le 8 juillet 2009 à 13:28
    Cédric DENIAUD a dit :

    @Greg
    Pour une fois ;) , je ne parle pas de marque mais des internautes lambda.. La tendance naturelle (comparée au Web1.0) est bien entendu l’action et la participation des internautes. C’est la tendance de fond qui est indéniable. Après, j’aborde plus la notion même de contenus et surtout texte (je n’aborde volontairement pas ici les contenus photos et vidéos). On voit globalement, et notamment dans notre secteur que tu connais bien, que les vrais producteurs d’information se font plus rare ou alors sont perdus dans la foule de d’autres personnes que je considère plus comme des relais d’information que comme des créateurs d’information. Je pense que cette tendance est accentuée par des outils comme Twitter qui pour des internautes (et je différencie l’usage que peuvent faire certaines marques qui ont bien compris la nécessité de diffuser du contenus / informations exclusifs sur ce média) sert davantage à relayer une information existante qu’à créer et diffuser une information.

    PS : je suis souvent négatif en milieu de semaine ;)

  4. le 8 juillet 2009 à 14:55
    Chob a dit :

    Bravo pour cette analyse très pertinente et que je ne trouve pas négative, même si on peut l’interpréter comme telle ;-)
    Il est finalement plutôt sain d’avoir à la fois du micro-blogging hyper-réactif façon Twitter et des blogs qui peuvent se concentrer sur des analyses “à froid”. On peut faire le parallèle avec la complémentarité entre les médias traditionnels ou entre la presse quotidienne vs la presse hebdo.
    En fait, la fonction crée l’outil et je trouve plutôt sympa d’avoir une gamme d’applications assez large pour répondre à nos différents usages. Restons positifs !

  5. le 8 juillet 2009 à 16:21
    Arnaud Briand a dit :

    Merci pour cette analyse pertinente, le rapport signal de qualité/bruit va sans doute permettre de faire émerger des “noeuds d’autorité” dans la blogosphère.

    Même si l’internaute semble avoir autant de pouvoir que le roi (avec les blogs, Twitter, les réseaux et wikis), il ne l’exploite pas encore, seulement cela ne fait que quelques années, la mutation va mettre du temps à s’enraciner …

    Pour les questions liées à “l’analyse”, il est clair qu’il y a de plus en plus d’experts. Les clients vont avoir du mal à séparer le bon grain de l’ivraie.

  6. le 8 juillet 2009 à 16:34
    Anette Novak a dit :

    Très interéssant et très vrai. En Suède l´association des journaux à recemment produit un rapport qui parle – entre autres – des “phares”, ce qui vous appelez ici “les relayeurs d´information”. D´un point de vue “négative” ils cannibalisent sur les sociétés qui produisent le contenu. D´un point de vue “positif” ou au moins “constructif”: est-ce possible de generer des revenus des “phares” et comment?

  7. le 8 juillet 2009 à 16:54
    Tristan Latgé a dit :

    Cédric,
    Je me demande en te lisant si le relais d’information n’est pas en soit une production de contenu.
    Je m’explique. Je pense que les experts des réseaux sociaux dont tu parles s’inscrivent dans une démarche scientifique très jeune, pour ne pas dire naissante. Pour moi, il s’agit clairement de sujets qui relèvent des sciences humaines. Du coup, les réflexions sont multiples, transversales, pluridisciplinaires… Et, dans cette démarche – comme dans toute démarche scientifique – c’est l’existant qui alimente la réflexion et qui permet de la faire avancer. Par conséquent – et je m’interroge – les experts-relais dont tu parles ne transmettent-ils pas l’info pour alimenter leur propre communauté (à laquelle le producteur initial n’appartiendrait pas)dans le but ultime de faire avancer la réflexion ? Et si cette hypothèse se vérifie, n’est-ce pas là un argument pour expliquer la tendance au slow blogging qui nous permettrait de nous convaincre de l’amélioration qualitative des contenus des blogs ? Qu’en penses-tu ?

  8. le 8 juillet 2009 à 17:50
    Cédric DENIAUD a dit :

    @Tristan
    Effectivement si l’on s’arrête sur le sujet des médias sociaux, la réflexion est récente et elle née des échanges, de lectures, de contributions. Toutefois, de là à dire que relayer une information c’est produire un contenu j’en doute car relayer pour relayer sans y apporter sa contribution, cela n’apporte à mon sens que du bruit surtout quand l’information relayée n’est pas pertinente.

    Toujours sur l’exemple des médias sociaux, la “communauté” ne compte pas des dizaines de milliers de personnes et j’ai toujours du mal à finalement voir peu de personnes qu’ils soit blogueurs ou autres produire un contenu de qualité apportant une pierre à la réflexion. L’information est à mon sens déjà relayée lorsqu’elle est produite par des noeuds d’autorité comme disait Arnaud dans son commentaire.

  9. le 8 juillet 2009 à 18:21
    greg a dit :

    Rigolo je viens de voir cet article publié aujourd’hui aussi et qui est fortement en lien avec le tien.
    A aller lire donc:
    http://www.les2nouilles.com/2009/07/08/la-fin-des-journaux-quelle-information-pour-demain/

  10. le 8 juillet 2009 à 18:30
    Darklg Web (darklgweb) 's status on Wednesday, 08-Jul-09 16:30:30 UTC - Identi.ca a dit :

    [...] http://www.mediassociaux.com/2009/07/08/ou-sont-les-producteurs-dinformation-sur-les-medias-sociaux... [...]

  11. le 9 juillet 2009 à 18:05
    Elie a dit :

    Je suis totalement d’accord avec toi, notamment sur le fait que bon nombre de blogs… ne sont qu’en fait des e-revues de presse de leur auteur, ayant plus ou moins d’intérêt. Cela se justifie finalement pour tous ces blogs vidéos qui n’ont d’autres prétentions que de divertir. Cela pose en revanche plus problème lorsque ces auteurs traitent de sujets plus “professionnels” en se mettant en position d’expert.
    C’est d’ailleurs cette conclusion qui nous a fait complétement modifier la ligne éditoriale d’urbanbloggers.fr , qui était à l’origine un blog vidéo et qui s’est aujourd’hui transformé en e-mag. Il est surtout bien plus gratifiant, même si cela demande bien plus de travail, de produire son propre contenu.

    Elie (follow me : ElieUB)

  12. le 9 juillet 2009 à 19:26
    Desirade a dit :

    Ne pas oublier peut-être que ces outils sont nouveaux et que de nouveaux usages pourraient bien apparaitre.

    J’ai tweeté avant de lancer un blog qui me semblait la prolongation naturelle de Twitter.

    Pour beaucoup d’anciens, tant soit-il que quiconque puisse se prétendre un ancien du microblogging, Twitter est venu s’ajouter à la panoplie déjà bien fournie des outils “classiques” du Web et a peut-être bien tué chez certain la passion et la patience nécessaires à maintenir en vie un blog, maintenance qui n’a rien du côté festif d’un joyeux petit Twitt-Twitt.

    Sorti des commentaires, et qui laisse un commentaire sur un post de nos jours, un blog c’est vite austère.

    Pourtant sur de petits territoires, comme mon île de La Désirade, Twitter et blog sont bel et bien des outils d’information, de ressources et de développement.

    Tout dépendra donc de l’usage que l’on fera des outils et de la liberté que nous devons préserver de les utiliser librement. Et là il semblerait que ce n’est pas gagné.

  13. le 10 juillet 2009 à 10:06
    Mehdi a dit :

    Merci pour ce billet qui nous aide à y voir plus clair.

  14. le 10 juillet 2009 à 15:28
    Isabelle a dit :

    je pense effectivement que pour le moment Twitter reste un outil pour les professionnels du web, le quidam de base connaît Twitter, il en a déjà entendu parler mais il est bien souvent incapable d’expliquer comment ça fonctionne et à quoi ça sert ! L’usage de l’anglais ne facilite pas la chose ni l’ergonomie qui n’est pas très intuitive contrairement à d’autres réseaux sociaux (Facebook, Viadéo..) à suivre..

  15. le 23 juillet 2009 à 23:02
    Véronique a dit :

    Bonjour,
    où que l’on soit, les “producteurs de contenus” sont rares, non? Finalement, on n’a presque jamais autant parlé de la vérification des sources, du recul à prendre sur “l’information”, de l’analyse nécessaire, etc que depuis que le Web a pris cette vitesse. Peut-être allons-nous apprendre à mieux penser (pour dire les choses vite, justement)!

  16. le 5 août 2009 à 19:31
    Sebastien a dit :

    Et sur les 5% qui generent 75% du contenu, combien de “Genial c’est poireaux vinaigrette ce soir loool”… ?

  17. le 5 août 2009 à 20:22
    On reparle de l’influence des bloggeurs… | MKT planet - News Web Marketing - Nouvelles Technologies a dit :

    [...] facilement et rapidement diffuser du contenu, qu’il en soit le créateur ou le simple relais (Où sont les producteurs d’information sur les médias sociaux ?). Que ce soit via Facebook, via Twitter, tous ces outils sont devenus des outils permettant aux [...]

  18. le 12 août 2009 à 20:14
    Web Zapping # 27 | webjet a dit :

    [...] WEB 2.0 Un excellent article sur Twitter RWW Enfin des données statistiques sur Twitter Medias sociaux Où sont les producteurs d’information sur les médias sociaux ? [...]

  19. le 17 septembre 2009 à 18:48
    Trop de connexions, moins créations ? | Blog de nuit : créativité et publicité, marketing, médias sociaux a dit :

    [...] fais partie de ceux qui, comme Cédric pensent que Twitter a un côté néfaste dans le sens qu’il sert un peu trop de [...]

  20. le 16 décembre 2009 à 17:32
    Gwenaelle(Scribee) a dit :

    Bonjour Cédric,

    cet article j’aurai presque pu l’écrire tellement ce sujet m’agace depuis quelques temps.
    La rédaction, c’est mon métier, mon fond de commerce. Entre ce que j’écris pour mes clients et le temps que je passe à lire l’actu qui m’intéresse, (dont tu fais partie ;) ) il me reste peu de temps pour écrire pour mon blog, et à plus forte raison pour diffuser mon contenu sur Twitter au rythme d’un article toutes les heures comme le font certains.

    Pourtant ce sont ces gens là qui sont suivis, alors qu’ils ne produisent rien…
    D’ailleurs soyons clairs : leur mission consiste à retwitter les articles des copains… donc, ce sont toujours les même sources qui reviennent.

    La belle affaire!

    Twitter (le mode de réseau social), va devenir incontournable c’est vrai. Je l’intègre dans les plans de comm que je rédige pour mes clients.
    Mais ne nous voilons pas la face, la production de véritable contenu reste tout de même la meilleure chance d’exister sur la toile à long terme.

    Bravo pour vos articles,
    webistiquement,
    Gwen.

  21. le 17 décembre 2009 à 12:35
    Cédric DENIAUD a dit :

    @Gwenaelle
    Nous sommes bien d’accord

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